A l’occasion de ma première exposition personnelle, j'ai proposé un espace tant géographique que mental. Les dessins, les vidéos et les photographies dialoguaient avec des indices disposés dans divers recoins. Cet ensemble scénographié était conçu pour faire basculer le lieu et le visiteur dans un borderland – une sorte de « pays frontière » se situant au point de jonction du normal et du paranormal. Words of ghost world (Mots d’un monde fantôme) tentait de nommer cet endroit et invitait à le parcourir et à l’appréhender lentement. Ce titre fait référence au mot fantôme qui désigne une erreur de lexicographie et donc de langage.


Objets oubliés, doigts qui sortent des murs, bruits dont on ignore l’origine, traces mystérieuses, tout essayait de faire croire que l’Espace Saint Ravy respirait et tentait de nous faire part d’un quelque chose. Ces indices ponctuaient l’exposition aux côtés de travaux ayant leur autonomie. La photographie Résurgence représentant une main sortant de l’eau est la trace d’une action réalisée au Gouffre de l’Œil Doux dans le massif de la Clape dans le département de l’Aude. Je me suis immergé dans l’eau saumâtre jusqu’à ne plus pouvoir toucher le fond pour ainsi lever la main hors de l’eau. Cette photographie était le point de départ de l’exposition. Elle témoigne de ma pratique actuelle sur l’art-action où ma main se transpose en vecteur d’informations. À travers ce travail, je cherchais à revisiter l’histoire de ce lieu mythique et réel. Je souhaite m’emparer d’une mémoire collective et mener une exploration aussi bien objective que subjective. Dans la vidéo Oscillation, la main réactive l’identité d’une maison désignée comme « hantée » et révèle à la fois mon incertitude face à mes recherches sur le paranormal. Oscillation est un plan fixe d’un point de vue où l’on discerne la maison derrière le mur qui l’entoure, sur lequel une silhouette se tient debout tentant de chercher l’équilibre d’une baguette posée à la verticale sur son doigt. La baguette est une forme récurrente dans mon travail, tout comme le gant. Elle m'intéresse autant pour ses qualités physiques que pour son histoire. Elle renvoie également à sa pratique du dessin, au sens étymologique du terme : du latin designarer signifiant « désigner, marquer d’un signe ». Mes dessins sur du papier ancien provenant de l’I.N.J.S. (Institut National de Jeunes Sourds) de Paris mettent en scène, eux-aussi, des mains, des corps et des objets déformés, effacés dans des mises en scène flottantes. Ils naissent spontanément de mon imaginaire créant ainsi une narration incohérente et ouverte liée au fantôme et à son univers. Les formes dessinées sont confrontées à des mots induisant le visiteur dans une poésie à résoudre. Un buste égaré, des mains qui marmonnent, un doigt qui désigne, une corde magique sont d’autres travaux présents ayant cette volonté d’accorder au fantôme une topique presque cohérente.


Words of ghost world jouait sur le format de l’exposition où la scénographie cherche à procurer au visiteur une investigation mentale et physique à poursuivre. Elle tentait de faire surgir des traces du passé qui hante le présent et de confronter la perception à d’autres possibilités, entre le réel et l’irrationnel.

Words of ghost world

Affiche de l'exposition Word of ghost world

Vues de l'exposition Word of ghost world